C’est le grand débat qui anime les rayons d’outillage depuis dix ans. Si l’on en croit les publicités et les têtes de gondole, le filaire serait une relique du passé, un vestige de l’époque de nos grands-pères. Le « sans-fil » est partout, porté par des plateformes de batteries 18V de plus en plus performantes.
Pourtant, sur le terrain, la réalité est plus nuancée. Si la liberté de mouvement est un argument massue, le bon vieux câble n’a pas dit son dernier mot. Chez Bricotest, on ne choisit pas son camp par idéologie, mais par pragmatisme. Alors, faut-il tout racheter en sans-fil ou garder une prise à portée de main ? On fait le point.
Le sans-fil : Le confort a un prix (et un poids)
Il faut rendre à César ce qui lui appartient : travailler sans avoir un fil à la patte quand on est sur une échelle ou dans un coin exigu, c’est un luxe dont on a du mal à se passer une fois testé.
Les avantages de la batterie
- Mobilité totale : Idéal pour les chantiers sans électricité ou les interventions rapides.
- Polyvalence : Une même batterie pour la perceuse, la scie sauteuse et même la tondeuse.
- Gain de temps : On branche, on clipse, on travaille. Pas de rallonge à dérouler.
Les inconvénients
- Le poids : Une batterie 5.0 Ah, ça pèse. En fin de journée, le poignet le sent.
- La panne sèche : Rien de plus frustrant que de voir le voyant rouge clignoter alors qu’il reste deux vis à poser.
- L’obsolescence : Les formats de batteries changent parfois selon les marques, vous enfermant dans un écosystème.
Pourquoi le filaire reste indispensable (et pourquoi vous devriez le garder)
C’est ici que le marketing des fabricants se heurte à la physique et à l’économie. Contrairement aux idées reçues, l’outil filaire n’est pas un outil « bas de gamme », c’est souvent l’outil de la raison. Voici pourquoi il reste, selon nous, un pilier de l’atelier.
1. La puissance brute et constante
Pour certains travaux, il n’y a pas de débat. Un gros perforateur-burineur SDS-Max, une rainureuse à béton ou une scie circulaire de table demandent une intensité de courant que peu de batteries peuvent encaisser sur la durée sans surchauffer. Avec le filaire, la puissance est constante : la première coupe est aussi franche que la centième. On ne subit pas la baisse de régime liée à la décharge de l’accu.
2. Le piège de l’usage occasionnel
C’est sans doute l’argument le plus important pour le bricoleur moyen. Une batterie est un composant chimique qui « vit ». Si vous n’utilisez votre perceuse qu’une fois tous les six mois pour poser une tringle à rideaux, il y a de fortes chances qu’au moment J, vos batteries soient à plat, voire dégradées. Une batterie qui ne travaille pas s’use par auto-décharge et peut devenir inutilisable après deux ans de placard. Le filaire ? Vous le ressortez après 10 ans, vous branchez, ça tourne. Point.
[Image d’un établi avec une perceuse filaire et une meuleuse branchées sur une multiprise]
3. Le rapport qualité/prix imbattable
À gamme de moteur équivalente (un moteur « brushless » par exemple), une machine filaire coûte souvent 30 à 50 % moins cher que son équivalent sans fil vendu avec chargeur et deux batteries. Pour le prix d’une visseuse sans fil haut de gamme, vous pouvez souvent vous offrir une perceuse filaire professionnelle ET une ponceuse de qualité.
4. La durabilité et le poids
Sans le bloc batterie, l’outil est souvent mieux équilibré et plus léger. Mais surtout, il est plus durable. Une perceuse filaire des années 90 fonctionne encore souvent parfaitement. Pour une machine à batterie, le maillon faible est l’électronique de gestion et la chimie des cellules. Une fois que le fabricant change son format de batterie, votre outil « parfaitement fonctionnel » devient un déchet électronique.
Tableau comparatif : Quel choix pour quel outil ?
| Outil | Préférence Bricotest | Pourquoi ? |
| Visseuse / Perceuse | Batterie | On bouge tout le temps, peu de couple requis. |
| Meuleuse (125mm) | Filaire | Très gourmand en énergie, la batterie fond à vue d’œil. |
| Perforateur | Mixte | Batterie pour les trous de 6mm, filaire pour le gros chevillage/burinage. |
| Ponceuse vibrante | Filaire | On ponce souvent longtemps, le fil ne dérange pas sur un établi. |
| Scie Circulaire | Filaire | Pour garantir une coupe droite et puissante sans caler. |
et donc…
Le sans-fil a révolutionné notre façon de bricoler, c’est indéniable. Mais ne tombez pas dans le piège du « tout batterie ». Pour vos outils stationnaires ou ceux destinés à de gros travaux de force, le filaire reste le roi de l’atelier. C’est un investissement sur le long terme, plus écologique (pas de lithium à recycler tous les 5 ans) et souvent plus performant.
Avant d’acheter, posez-vous toujours la question : « Vais-je utiliser cet outil assez souvent pour maintenir sa batterie en vie ? ». Si la réponse est non, cherchez une prise murale !
Voici le témoignage de Stéphane, artisan à la tête d’une petite entreprise de rénovation multiservice. Entre la plomberie, l’électricité, la petite maçonnerie et la menuiserie, il a dû faire des choix stratégiques pour son parc machine.

« Pourquoi je n’ai pas tout balancé pour passer au 100% batterie » : Le témoignage de Stéphane, artisan multiservice
« Bonjour à tous les lecteurs de Bricotest. Je m’appelle Stéphane, je suis artisan multiservice depuis 12 ans. Mon camion, c’est mon atelier mobile. On me demande souvent : « Stéphane, pourquoi tu utilises encore du filaire ? » La réponse est simple : la rentabilité et la tranquillité d’esprit. Voici comment j’ai réparti mon matériel entre le sans-fil et le filaire. »
Le sans-fil : Pour la précision et l’agilité
Pour moi, la batterie, c’est le gain de temps sur les petites interventions ou les accès difficiles (combles, sous-éviers).
- La Visseuse / Perceuse : C’est l’extension de ma main. Là, le filaire est proscrit. Je tourne sur deux machines 18V avec des batteries de 5.0 Ah. C’est léger, équilibré, et indispensable.
- L’Outil Multifonction (Vibrant) : Un incontournable du multiservice. Pour découper un fond de meuble ou ajuster un montant de porte, le fil est une plaie. En batterie, on a une liberté de mouvement totale pour les travaux de précision.
- La Scie Sauteuse : Je l’ai passée en batterie récemment. Pourquoi ? Parce que le fil a tendance à se coincer dans la fente de coupe ou à gêner le guidage lors de courbes serrées.
- La Scie Sabre : Mon outil de démolition préféré. Pour couper des vieux tuyaux de chauffage dans un vide sanitaire ou démonter une cloison de nuit, la batterie est salvatrice. On n’a pas toujours une prise sous la main quand on casse tout.
- L’Affleureuse : Pour arrondir un chant de tablette chez le client, c’est génial. Pas de fil qui vient rayer la surface fragile qu’on vient de travailler.
Le filaire : Ma « force de frappe » et ma sécurité financière
C’est là que je diverge de beaucoup de collègues qui veulent faire « tout batterie ». Pour moi, le câble reste le garant de la puissance continue.
- Le Perforateur-Burineur : J’en ai deux. Un petit perfo sans fil pour les chevilles de 6 ou 8mm dans le béton. Mais dès qu’il s’agit de faire tomber une dalle ou de percer en 22mm pour passer une évacuation, je sors le gros perfo filaire. Pourquoi ? Parce qu’une batterie s’épuise en 10 minutes de burinage intense et que la machine finit par chauffer.
- La Meuleuse d’angle (125mm) : J’ai une petite meuleuse à batterie pour couper un boulon qui dépasse. Mais pour tout ce qui est découpe de dalles, de métal épais ou de rainurage, je reste sur du filaire. Une meuleuse sans fil « bouffe » les batteries à une vitesse folle. Si je dois travailler une heure, il me faudrait 6 batteries… à 100€ l’unité, le calcul est vite fait.
- La Scie Circulaire : J’ai gardé ma vieille scie filaire de 1600W. Quand je dois déligner des panneaux de 22mm toute la journée, je ne veux pas me demander si ma batterie va tenir jusqu’au bout de la planche. La puissance est constante, le moteur ne peine jamais.
- L’Aspirateur de chantier : Beaucoup l’oublient, mais un aspi sur batterie, c’est une hérésie pour un pro. Si je branche ma ponceuse dessus, je veux que ça aspire fort et longtemps. Le filaire est ici obligatoire.
Pourquoi je garde du filaire, même quand la batterie existe ?
1. Le syndrome de l’outil « placard » : Dans mon métier, certains outils sortent une fois par mois, comme ma raboteuse électrique ou ma scie à onglets radiale. Si ces outils étaient sur batterie, celles-ci mourraient de « non-emploi » dans mes étagères. Le filaire, c’est l’assurance que l’outil démarre, même après trois mois sans l’avoir touché.
2. Le poids et la fatigue : Travailler à bout de bras avec une meuleuse à batterie de 3kg, c’est épuisant. Mon modèle filaire est bien plus fin, plus maniable et je ne me tape pas une tendinite au bout d’une heure.
3. L’investissement : Équiper tout mon camion en « Full Sans-Fil » me coûterait environ 4000€ rien qu’en batteries et chargeurs pour être serein. En mixant avec du filaire, j’ai pu investir cet argent dans de meilleurs consommables (lames de qualité, forets haut de gamme) qui, au final, me font gagner plus de temps que la simple absence de fil.
Mon conseil de pro : Ne jetez pas vos rallonges ! Achetez du sans-fil pour ce qui bouge, et gardez du filaire pour ce qui doit « envoyer du lourd » ou ce que vous utilisez rarement. Votre portefeuille et votre productivité vous remercieront.